Médecine dentaire · 1re année · Médecine sociale et biostatistique descriptive

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Se brosser les dents est un geste de santé que presque chaque famille marocaine accomplit chaque jour, chez elle, sans professionnel. La première partie dit pourquoi c'est un objet de médecine sociale ; la seconde apprend à le mesurer.

Promotion simulée — · 60 étudiants
Partie I — Médecine sociale

Un geste intime, une affaire de société

La médecine sociale étudie la façon dont les conditions de vie — revenu, éducation, logement, alimentation, culture — déterminent la santé d'une population, et elle agit sur ces conditions. Elle ne remplace pas la médecine clinique : elle change d'objet.

Médecine cliniqueMédecine sociale
Son objetun patientune population
Sa questionde quoi souffre cette personne ?pourquoi ce groupe tombe-t-il malade plus qu'un autre ?
Son outil de mesurel'examen, le diagnosticle comptage, la comparaison de groupes — la statistique
Exemple bucco-dentairesoigner la carie d'un enfantcomprendre pourquoi quatre enfants de 12 ans sur cinq ont une carie, et agir sur le sucre, le prix du dentifrice, l'école

Une histoire qui commence par des comptages

La médecine sociale est née au XIXᵉ siècle, quand des médecins ont commencé à compter les morts selon le quartier, le métier et le revenu.

  1. 1840
    Louis-René Villermé publie son Tableau de l'état physique et moral des ouvriers du textile. Il montre, chiffres à l'appui, que la mortalité suit la pauvreté.
  2. 1842
    Edwin Chadwick, en Angleterre, relie l'insalubrité des quartiers ouvriers à leurs maladies. Son rapport conduit aux premières lois de santé publique.
  3. 1848
    Jules Guérin forge l'expression « médecine sociale » dans la Gazette médicale de Paris. La même année, Rudolf Virchow écrit que « la médecine est une science sociale, et la politique n'est rien d'autre que la médecine à grande échelle ».
  4. 1854
    John Snow place les décès du choléra sur un plan de Londres : ils se groupent autour d'une pompe à eau. Une carte et un comptage suffisent à désigner la cause.
  5. 1945
    À Grand Rapids, aux États-Unis, l'eau de la ville est fluorée : c'est la première intervention bucco-dentaire de masse, qui agit sur toute une population sans demander aucun geste à personne.
  6. 1946
    La Constitution de l'OMS définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social ».
  7. 1978
    La déclaration d'Alma-Ata fait des soins de santé primaires, proches des familles, la base des systèmes de santé.
  8. 1985
    Geoffrey Rose montre qu'un petit changement chez tout le monde prévient souvent plus de maladies qu'un grand changement chez les seuls malades à haut risque. C'est le « paradoxe de la prévention ».
  9. 1986
    La Charte d'Ottawa fonde la promotion de la santé : donner aux populations les moyens d'agir sur leur propre santé.
  10. 1987
    L'OMS encourage l'usage du siwak (Salvadora persica) là où il est de tradition : accessible, bon marché, efficace.
  11. 2008
    La Commission des déterminants sociaux de la santé de l'OMS, présidée par Michael Marmot, appelle à « combler le fossé en une génération ».
  12. 2022
    Le Rapport mondial sur la santé bucco-dentaire de l'OMS estime que près de 3,5 milliards de personnes ont une maladie bucco-dentaire, aux trois quarts dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Sa place en santé bucco-dentaire

Au Maroc

Selon l'enquête nationale du ministère de la Santé de 2012, telle que rapportée par la presse, la carie touche 81,8 % des enfants de 12 ans, avec en moyenne 4,82 dents cariées, absentes ou obturées par enfant (indice CAO).

Ce sont déjà deux statistiques descriptives : une prévalence (une proportion) et une moyenne d'un comptage. Vous les calculerez vous-mêmes en partie II.

Les déterminants sociaux

La carie dépend de la bouche, mais aussi de ce qui l'entoure :

  • Le sucre — environ 31 kg par habitant et par an au Maroc en 2021, parmi les niveaux les plus élevés au monde. Le thé sucré est lui-même un rituel social.
  • Le prix d'une brosse et d'un dentifrice fluoré, lourd pour certaines familles.
  • L'accès aux soins, inégal entre villes et campagnes.
  • L'éducation : les habitudes des mères et celles de leurs enfants sont liées, ce qu'étudient les enquêtes en milieu scolaire marocain.

Le brossage, un acte social

Peu d'actes de santé sont aussi partagés. Le brossage se fait chaque jour, à la maison, sans professionnel, et il se transmet : les parents brossent, puis supervisent l'enfant jusqu'à 7 ou 8 ans. Au Maroc, il prolonge aussi une tradition plus ancienne, celle du siwak, liée à la purification et recommandée par la tradition prophétique.

C'est en ce sens une intervention communautaire de masse : une population entière qui fait, chaque soir, le même geste de prévention. Mais une norme partagée par tous n'est pas une pratique égale pour tous. Combien de temps chacun se brosse-t-il ? Avec quel dentifrice ? Qui ne le fait pas, et pourquoi ? Pour répondre, il faut compter.

Le paradoxe de Rose, sur une population simulée de 1 000 personnes

Aider les plus atteints, ou décaler tout le monde ?

Disons qu'au-delà de 50 % de faces couvertes de plaque, le risque devient élevé. Deux stratégies :

Haut risque — on repère les 10 % les plus atteints et on réduit leur plaque de 20 points : un suivi individuel, intensif et coûteux.

Population — tout le monde améliore un peu son brossage, et l'indice baisse de quelques points chez chacun : l'effet d'une campagne à l'école ou dans les familles.

Vers la partie II

La médecine sociale pose les questions ; la biostatistique descriptive fournit les outils pour y répondre. Un geste partagé par tous devient alors une variable qu'on mesure, qu'on résume, qu'on représente et qu'on compare entre groupes. C'est ce que nous allons faire, avec le brossage.

Partie II — Biostatistique descriptive

La règle « 2 × 2 » n'est pas tombée du ciel

Deux brossages par jour, deux minutes, un dentifrice fluoré dosé selon l'âge : ces consignes résument des milliers de mesures. Pour juger une règle, il faut savoir lire ces mesures. C'est l'objet de la biostatistique descriptive : résumer, organiser et représenter ce qu'on a observé, sans encore chercher à généraliser.

Déroulé proposé — une séance de 2 h
  1. Partie I — Médecine sociale (25 min) — définition, histoire, rôle en santé publique et bucco-dentaire, le brossage comme acte social.
  2. Partie II. Variables (10 min) — classer les mesures du brossage : nominale, ordinale, discrète, continue.
  3. Le jeu de données (5 min) — une promotion simulée de 60 étudiants, avec son indice de plaque.
  4. Position (15 min) — moyenne, médiane, mode, et ce qu'une seule valeur extrême leur fait.
  5. Dispersion (15 min) — quartiles, écart-type, boîtes à moustaches selon la brosse.
  6. Graphiques (10 min) — un graphique par type de variable, et les pièges.
  7. Fréquences (10 min) — prévalence, tableau croisé, fréquences cumulées.
  8. Esprit critique (15 min) — dix affirmations qui circulent, vérifiées contre la littérature.
  9. Exercices et vos données — chaque étudiant chronomètre son brossage, et l'on décrit l'amphithéâtre.

Ce que dit réellement la littérature

Vérifié pour ce cours. La dernière colonne dit quelle notion de statistique chaque règle permet d'enseigner.

RègleCe qui est établiPreuveNotion