Se brosser les dents est un geste de santé que presque chaque famille marocaine accomplit chaque jour, chez elle, sans professionnel. La première partie dit pourquoi c'est un objet de médecine sociale ; la seconde apprend à le mesurer.
La médecine sociale étudie la façon dont les conditions de vie — revenu, éducation, logement, alimentation, culture — déterminent la santé d'une population, et elle agit sur ces conditions. Elle ne remplace pas la médecine clinique : elle change d'objet.
| Médecine clinique | Médecine sociale | |
|---|---|---|
| Son objet | un patient | une population |
| Sa question | de quoi souffre cette personne ? | pourquoi ce groupe tombe-t-il malade plus qu'un autre ? |
| Son outil de mesure | l'examen, le diagnostic | le comptage, la comparaison de groupes — la statistique |
| Exemple bucco-dentaire | soigner la carie d'un enfant | comprendre pourquoi quatre enfants de 12 ans sur cinq ont une carie, et agir sur le sucre, le prix du dentifrice, l'école |
La médecine sociale est née au XIXᵉ siècle, quand des médecins ont commencé à compter les morts selon le quartier, le métier et le revenu.
Selon l'enquête nationale du ministère de la Santé de 2012, telle que rapportée par la presse, la carie touche 81,8 % des enfants de 12 ans, avec en moyenne 4,82 dents cariées, absentes ou obturées par enfant (indice CAO).
Ce sont déjà deux statistiques descriptives : une prévalence (une proportion) et une moyenne d'un comptage. Vous les calculerez vous-mêmes en partie II.
La carie dépend de la bouche, mais aussi de ce qui l'entoure :
Peu d'actes de santé sont aussi partagés. Le brossage se fait chaque jour, à la maison, sans professionnel, et il se transmet : les parents brossent, puis supervisent l'enfant jusqu'à 7 ou 8 ans. Au Maroc, il prolonge aussi une tradition plus ancienne, celle du siwak, liée à la purification et recommandée par la tradition prophétique.
C'est en ce sens une intervention communautaire de masse : une population entière qui fait, chaque soir, le même geste de prévention. Mais une norme partagée par tous n'est pas une pratique égale pour tous. Combien de temps chacun se brosse-t-il ? Avec quel dentifrice ? Qui ne le fait pas, et pourquoi ? Pour répondre, il faut compter.
Disons qu'au-delà de 50 % de faces couvertes de plaque, le risque devient élevé. Deux stratégies :
Haut risque — on repère les 10 % les plus atteints et on réduit leur plaque de 20 points : un suivi individuel, intensif et coûteux.
Population — tout le monde améliore un peu son brossage, et l'indice baisse de quelques points chez chacun : l'effet d'une campagne à l'école ou dans les familles.
La médecine sociale pose les questions ; la biostatistique descriptive fournit les outils pour y répondre. Un geste partagé par tous devient alors une variable qu'on mesure, qu'on résume, qu'on représente et qu'on compare entre groupes. C'est ce que nous allons faire, avec le brossage.
Deux brossages par jour, deux minutes, un dentifrice fluoré dosé selon l'âge : ces consignes résument des milliers de mesures. Pour juger une règle, il faut savoir lire ces mesures. C'est l'objet de la biostatistique descriptive : résumer, organiser et représenter ce qu'on a observé, sans encore chercher à généraliser.
Vérifié pour ce cours. La dernière colonne dit quelle notion de statistique chaque règle permet d'enseigner.
| Règle | Ce qui est établi | Preuve | Notion |
|---|
Le type de variable décide de tout le reste : quels résumés ont un sens, quel graphique est permis. Choisissez le type de chaque mesure, puis vérifiez.
Chaque ligne est un étudiant fictif. Les données sont simulées : leurs tendances reprennent l'ordre de grandeur publié — plus de plaque quand le brossage est court, un peu moins avec une brosse électrique — mais aucune valeur n'a été mesurée sur une personne réelle.
L'indice de plaque d'O'Leary est le pourcentage de faces dentaires colorées par le révélateur : 28 dents × 4 faces = 112 faces examinées. C'est une variable continue en apparence, calculée à partir d'un comptage.
Moyenne, médiane et mode décrivent le « centre » d'une distribution. Elles ne réagissent pas de la même façon aux valeurs extrêmes.
Brossages par jour : la valeur la plus fréquente est le mode. Pour une variable qualitative, c'est le seul résumé de position qui ait un sens — on ne calcule pas la « moyenne » d'un type de brosse.
On range les n valeurs dans l'ordre. Si n est impair, la médiane est la valeur du milieu, de rang (n + 1)/2. Si n est pair, c'est la moyenne des deux valeurs centrales.
Moyenne arithmétique : x̄ = (x₁ + x₂ + … + xₙ) / n. Elle utilise toutes les valeurs, donc aussi les extrêmes. Cochez la case ci-dessus et regardez laquelle des deux bouge.
Deux groupes peuvent avoir la même moyenne et des comportements très différents. La dispersion dit à quel point les étudiants se ressemblent.
À discuter : on lit souvent que la brosse électrique « réduit la variance » parce que le moteur fait le geste. Aucune donnée publiée ne l'établit, et ces données simulées ne le supposent pas. Comparez les écarts-types du tableau : une boîte plus étroite ne se décrète pas, elle se mesure.
On ne choisit pas un graphique parce qu'il est joli, mais parce qu'il respecte la nature de la variable. Choisissez une question.
Pour une variable qualitative, on compte. L'effectif est un nombre d'étudiants ; la fréquence est ce nombre divisé par le total. La prévalence est la fréquence d'une condition dans une population à un moment donné.
La fréquence cumulée n'a de sens que si les catégories ont un ordre. On peut dire « 90 % des étudiants ont des poils au plus médium ». On ne peut rien cumuler sur le type de brosse : il n'y a pas d'ordre entre manuelle et sonique.
Elles proviennent d'un texte de vulgarisation réel sur le brossage. Chacune a été confrontée à sa source. La plupart contiennent une erreur de lecture statistique, et c'est ce qui les rend utiles en cours.
Neuf étudiants ont chronométré leur brossage, en secondes. Calculez à la main, saisissez vos résultats, puis vérifiez. Arrondissez au dixième.
Demandez à chaque étudiant de chronométrer son brossage du soir, puis collez les durées ci-dessous : en secondes (95) ou en minutes et secondes (1:35), séparées par des espaces, des virgules ou des retours à la ligne. Rien ne quitte ce navigateur.
Les références vérifiées pour ce cours. Les liens s'ouvrent dans un nouvel onglet.
| Référence | Ce qu'on en retient |
|---|